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SOFIA BOLT
« Entre feu et eau, la jeune (27 ans) musicienne franco-américaine Amélie Rousseaux s’est trouvé un nom de scène à hauteur de sa dualité : Sofia Bolt, soit le mariage de l’éclair (Bolt) et de la sagesse (Sofia, dérivé de la « sophia » grecque), ou la réunion de l’électricité et du « Connais-toi toi-même » antique. Elle-même oscillant entre le nouveau monde, New-York, où réside sa mère, ex-chanteuse d’opéra, et l’ancien continent, l’Europe, la France, où elle s’est constituée une nouvelle famille d’amis musiciens, cette ancienne enfant de choeur a été guidée vers le rock’n’roll et le songwriting par un père fan des Rolling Stones, David Bowie ou Television, et par un oncle bienveillant et bien connu ici, puisqu’il s’agit de Jérôme Rousseaux, alias Ignatus, ancien membre des Objets, qui lui a offert sa première guitare électrique quand elle avait treize ans. Ainsi accompagnée, la jeune fille est donc devenue voyageuse, anticipant la vie nomade qu’octroie celle de musicien, étudiant (les sciences politiques, le théâtre) et vivant entre Paris, Londres, Hong-Kong et Montréal, comme déjà en tournée, apatride ou de passage, car « aucune ville n’est parfaite, et ma place est peut-être au milieu de l’océan atlantique », comme elle le suggère avec humour en interview.

A côté de son autre groupe, les (bien nommés) Water Babies (où elle chante tout en hauteur et clarté, en français et en anglais), Amélie, devenue donc Sofia Bolt, performeuse ambigüe, androgyne et habitée, sort son deuxième EP, « Strange Reactions », enregistré live et dans les murs boisés des studios CBE à Paris, en compagnie de musiciens rencontrés lors des Open Mic du Pop In, bar rock du 11ème arrondissement, qui ouvre sa scène aux artistes passants. Kim, prolifique songwriter et multi-instrumentiste (à la batterie), Guillaume Léglise (alias My Broken Frame, au mix), Clémentine March (à la basse), et Pierre Caron (à la guitare) soutiennent à flux tendu les guitares saturées et la voix, devenue étrangement plus grave, de Sofia Bolt, rappelant Verity Susman (Electrelane) ou Hope Sandoval (Mazzy Star), mais comme intérieure, chantant avec son corps, ses tripes, plutôt qu’avec les oiseaux et le vent. Rappelant les chanteuses indie-rock américaines des années 90 (Breeders, Cat Power, Scout Niblett), moins riot grrls que faisant de leur féminité une force (comme Anna Calvi ou Angel Olsen, admirées par la chanteuse), Sofia Bolt et son groupe habitent l’instant, entre énergie brute et émotions pures, expressivité et intériorité, et traversent les corps comme un éclair. Un coup de foudre n’est jamais inoffensif. Laissez-vous frapper. »

Wilfried Paris

EP Strange Reactions disponible en physique et en numérique (autoproduction) le 26 mars 2015.

Crédit photo : (c) Indira Dominici